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La vérité sur la "disparition" au Maroc de Mehdi Ben Barka

LE MONDE | 30.06.01 | 11h53

Loin d'être une "affaire franco-française", comme l'avait prétendu le roi Hassan II, la disparition de Mehdi Ben Barka fut un véritable assassinat perpétré en France par les hommes de main du souverain. Le corps de l'opposant, rapatrié au centre de torture de Rabat, fut plongé et dissous dans une cuve d'acide. Trois des truands français qui avaient participé à l'enlèvement furent assassinés au Maroc.

LE premier étranger à savoir que le corps de Mehdi Ben Barka allait être transporté au Maroc était un Américain, agent de la CIA, le "colonel Martin". Le matin du 30 octobre 1965, quelques heures seulement après la mort sous la torture, dans une villa au sud de Paris, du chef de file de la gauche marocaine, le colonel Martin s'est rendu au siège du "Cab 1", à Rabat. C'était la routine. Depuis cinq ans déjà, lui et ses deux collègues, "Scott" et "Steve", de la CIA, tous détachés pour une mission d'instruction, assistaient les services spéciaux marocains. Parlant couramment le français et l'arabe, le colonel Martin était affecté au département de la "contre-subversion", de loin le plus important. En arrivant ce samedi au bureau, vers 8 heures, comme à son habitude, il se penche longuement sur le registre de la permanence que tient Ahmed Boukhari. Les deux hommes se connaissent bien. D'ordinaire, ils travaillent tous les matins ensemble, pour tenir à jour les archives du service, classer des documents, exploiter des dossiers.

L'Américain lit et relit les messages consignés. Tout lui est ouvert mais, règle de base du métier, il ne pose pas de question. D'ailleurs, il a déjà compris que l'opération spéciale en cours depuis sept mois, pour ramener de force au pays Mehdi Ben Barka, a mal tourné. La dernière communication répertoriée remonte au petit matin. A 5 heures, soit 6 heures à Paris en raison du décalage horaire, le chef du département "contre-subversion", Mohamed Achaachi, qui se trouve dans la capitale française, a appelé pour faire mettre en état d'alerte l'infirmier de service, "H'Mida" Ajdaïn. Or, obéissant à de précédentes instructions, celui-ci a déjà passé la nuit à attendre à l'aéroport. Rappelé au bureau, il s'y est installé sur un lit de camp. Les ordres contradictoires sont de mauvais augure.

Après une matinée étale, sans nouvelles, l'agent américain part déjeuner mais, fait inhabituel, revient dans l'après-midi. Il discute alors avec Ahmed Boukhari, trois heures tapantes, de la situation politique au Maghreb, du récent coup d'Etat en Algérie qui, le 19 juin, a porté au pouvoir le colonel Houari Boumediène. La patience de l'Américain sera récompensée. A 18 heures, Mohamed Achaachi rappelle. Il demande à ce que l'infirmier soit à l'aéroport à partir de 2 heures du matin, annonçant que l'avion militaire spécialement mis à disposition du "Cab 1" pour cette opération atterrira dans la nuit à Rabat avec le "colis" à bord. Ahmed Boukhari relève que, cette fois-ci, son chef n'a plus insisté pour que "H'Mida" emporte sa trousse d'infirmier. Il le fait remarquer au colonel Martin. Leurs regards se croisent, c'est l'évidence : Mehdi Ben Barka est mort. Ils ne savent pas encore comment. Mais ils se demandent tous les deux comment un cadavre aussi voyant pourra quitter en catimini la France, ce qui adviendra d'Achaachi et des autres agents sur le sol français, combien de temps on pourra étouffer le scandale... Où sont donc passés le commandant Dlimi et le général Oufkir, les chefs du "Cab 1" ? Il y a fort à parier qu'en quittant Ahmed Boukhari le colonel Martin, qui avait accès à Hassan II, n'a pas mis longtemps à trouver réponse à ces questions. Et à informer sa "centrale". On comprend dès lors pourquoi la CIA, malgré le Freedom of Information Act qui l'y oblige normalement, refuse depuis 1976 de rendre publiques ses quelque 3 000 fiches ayant trait à l'affaire Ben Barka.

Pour le standardiste, à Rabat, la nuit du samedi 30 au dimanche 31 octobre est longue. Après l'appel de 18 heures, plus rien. Simplement, avant de se rendre à l'aéroport, vers 1 h 30, l'infirmier passe la tête par la porte pour savoir s'il y a de "nouvelles instructions". Ce n'est pas le cas. Paris n'appelle plus, alors que les radios françaises, très écoutées au Maroc, divulguent toutes la nouvelle de "l'enlèvement" de Mehdi Ben Barka. Vers 8 heures du matin, bien que ce soit un dimanche, le colonel Martin passe au bureau et s'enquiert de l'avion attendu. Il a à peine posé la question que l'infirmier Ahmed Ajdaïn appelle de l'aéroport Rabat-Salé. L'avion militaire est arrivé depuis deux heures déjà, avec le "colis", accompagné de Miloud Tounzi et de Boubker Hassouni, l'infirmier du "Cab 1" qui avait été envoyé à Paris. Tous se trouvent à présent au "PF" et attendent des instructions. Le "point fixe" en question est le Dar-el-Mokri, l'ancienne demeure d'un vizir transformée en centre de tortures et de détention. Situé sur la route des Zaërs, l'axe de sortie au sud-est de Rabat, c'est un palais dantesque de la répression.

Le prochain appel que reçoit Ahmed Boukhari émane du chef adjoint du "Cab 1", le commandant Ahmed Dlimi. Celui-ci veut avoir confirmation de l'arrivée de l'avion militaire. L'ayant obtenue, il fait transmettre aux trois agents se trouvant au "PF" - Miloud Tounzi et les deux infirmiers, Ajdaïn et Hassouni - l'ordre de rester sur place "en attendant de nouvelles instructions". Dlimi a dû arriver à Casablanca. Il a pris un vol régulier à Orly à 9 h 35, soit 8 h 35, heure du Maroc. Rentré au royaume, il multiplie les coups de fil. Après avoir répercuté les consignes de son supérieur au "PF", Ahmed Boukhari note le passage en coup de vent du commissaire Mohamed Nouini. D'habitude plutôt bavard, celui-ci se précipite dehors, sans mot dire, chargé d'une caméra, d'un appareil photo et de projecteurs. Ahmed Boukhari apprendra ultérieurement que son collègue des "opérations techniques" a complété l'équipe au Dar-el-Mokri. Dans l'immédiat, il a d'autres soucis : inquiétés par les nouvelles en provenance de Paris, les parents des agents en opération dans la capitale française défilent dans son bureau. Toute la journée, on le supplie de donner de leurs nouvelles. Or il n'en a pas. Même le colonel Martin est aux cent coups et reste à ses côtés. Le soir, les épouses Mesnaoui et Saka ferment le ban. Si la première ne sait rien, c'est mauvais signe : elle travaille au secrétariat particulier du général Oufkir, ministre de l'intérieur, directeur de la sûreté nationale et chef du "Cab 1"...

Le dimanche 31 octobre, Mohamed Oufkir est à Genève. Le général s'est envolé de Paris le matin, une heure et demie avant Dlimi. A ce moment-là, le cadavre de Mehdi Ben Barka avait déjà quitté le sol français, en route pour le Maroc. Pas de crime sans corpus delicti... Celui-ci a transité par Ormoy, par la villa d'Antoine Lopez, qui a aperçu à 2 heures du matin une limousine diplomatique depuis la fenêtre de sa chambre. C'est l'homme des services à l'ambassade du Maroc à Paris, Mohamed Doumou, qui a fourni le moyen de transport jusqu'à Orly. A bord de cette voiture se trouvaient, outre le corps de l'opposant assassiné, Miloud Tounzi et Boubker Hassouni. Grâce à des complicités françaises qui échappaient à l'horizon des agents de base du "Cab 1", la voiture a pu entrer dans l'enceinte de l'aéroport, stationner sur le tarmac au côté de l'avion militaire marocain, le temps de transborder le "colis". C'est alors, dans la connivence entre services, sinon entre hommes politiques de l'ex-métropole et de l'ancien protectorat, que s'est noué le pacte secret de l'"affaire Ben Barka": parce que le crime d'Etat perpétré par le Maroc sur le sol français est devenu crime d'Etats, au pluriel, impliquant la France.

La suite, sordide, se joue au Dar-el-Mokri, à Rabat. Le centre de tortures dispose, depuis fin 1961 déjà, d'un dispositif sophistiqué pour faire disparaître les corps des victimes. "Il s'agit d'un grand chaudron en acier inoxydable d'une épaisseur de 5 mm, d'un diamètre de 2,5 m, d'une hauteur de 1,5 m, avec fond bombé, avec un couvercle également bombé d'une épaisseur de 3 mm articulé, avec une vanne de vidange fixée très bas sur le fond, avec une ceinture tubulaire comme poignée circulaire et des tétons tubulaires d'un diamètre de 60 mm et d'une longueur de 10 cm pour être fixée sur les tétons mâles d'un diamètre de 50 mm, soudés sur le châssis qui est scellé au sol." La description est d'Ahmed Boukhari. Fils d'un entrepreneur de construction mécanique, c'est lui qui avait été chargé par le colonel Martin de faire construire cette cuve de dissolution, à partir d'un croquis de l'agent américain.

Ce dernier lui avait expliqué qu'un tel scaphandre de la mort avait été d'usage, dans les années 1950, en Iran, où il avait été en poste précédemment. Non sans mal, en raison de l'épaisseur inhabituelle de l'acier, Ahmed Boukhari avait trouvé une société locale qui puisse exécuter la commande, la SCIF, à Casablanca, fournisseur de chaudronnerie à l'Office national des chemins de fer. Il a fallu près de six mois pour mener à terme le projet. Ahmed Boukhari se souvient d'avoir travaillé avec deux responsables techniques de la SCIF, de nationalité française, les ingénieurs Dutrieux et Moucelin. Il est même retourné, en 1990, au siège de la société, qui existait toujours. Le nouveau responsable, un certain Driss Ghazani, avait alors retrouvé le dossier de la commande, vieux de quarante ans, tout en précisant qu'il n'avait "pas le temps de refaire ça".

EN 1961, le bon de commande avait été établi pour le compte de l'hôtel-bar Le Sphinx, à Mohammedia, au nord de Casablanca. Cette maison close, à l'époque réputée être la meilleure du Maroc, avec une vingtaine de filles, pour la plupart des Européennes, était gérée jusqu'en 1964 par un Franco-Israélien, M. Zurita, puis par Georges Boucheseiche. Selon Ahmed Boukhari, entre 1961 et 1967, des "dizaines de cadavres d'opposants", morts au Dar-el-Mokri, ont disparu grâce à la cuve de la SCIF. Pour servir, celle-ci était remplie, "au tiers environ", d'un acide venant à bout de tout, "même de gros os comme le fémur". L'acide était stocké dans des bidons sans étiquette indiquant la nature du produit, son fabricant ou le pays d'origine. Deux agents munis de masques à gaz, de gants et de combinaisons spéciales étaient préposés au remplissage de la cuve, un travail dangereux qui prenait plusieurs heures : Guerrouani Bennacer et Rayhane Maati, tous deux du département opérations techniques du "Cab 1".

Le dimanche 31 octobre 1965, le corps de Mehdi Ben Barka repose sur un brancard dans la cour du Dar-el-Mokri. L'opposant marocain, l'espoir de toute une génération, est habillé de pied en cap. On lui a même remis l'accoutrement qu'il s'était choisi à Paris, un chapeau et des lunettes noires. Le "Cab 1" gardera dans ses archives une série de photos... En revanche, la seule copie du film tourné lors de l'immersion dans la cuve de Mehdi Ben Barka aurait été remise au roi par Ahmed Dlimi. Outre le chef adjoint du "Cab 1", quatre agents assistent à la macabre scène : Miloud Tounzi, alias "Chtouki", Mohamed Nouini et les deux infirmiers, Boubker Hassouni et "H'Mida" Ajdaïn. Enveloppée dans un sac en plastique noir, la dépouille de Mehdi Ben Barka est hissée à hauteur du bas de la cuve, scellée dans le sol. Puis, on la fait glisser à l'intérieur, avant de refermer et de "souder" le couvercle. Environ cinquante heures seulement après le crime, sa victime disparaît et, avec elle, la meilleure preuve de l'assassinat perpétré en France.

Dès lors, le roi Hassan II peut rejeter sa mise en accusation en déclarant que la mystérieuse disparition à Paris de son principal opposant est une "affaire franco-française". Il reste à ramener au Maroc les agents secrets du "Cab 1",de même que les témoins et comparses du crime. Pour les agents, un ordre suffit. Ils prennent des vols vers différentes destinations pour rentrer à Rabat par des chemins détournés.

Faisant preuve d'un grand sang-froid, le seul d'entre eux à être descendu dans un hôtel parisien sous sa vraie identité, comme "fonctionnaire" marocain, Abdelhak Achaachi, part, lui, sur un vol direct. Le 5 novembre, "l'élégant policier aux cigares bagués du Dar-el-Mokri", comme il a été décrit par l'opposant Moumen Diouri, un rescapé du centre de tortures, prend le même avion que le diplomate français Philippe Malaud, dépêché par le général de Gaulle auprès de Hassan II pour une explication qu'on s'imagine surréaliste... Pour sa part, ayant assisté à la fin de Mehdi Ben Barka, Georges Boucheseiche est parti au royaume dès le lundi 1er novembre, sur le vol de 9 h 40. On ne sait s'il a été volontaire mais, de toutes les façons, il n'avait pas le choix : Marie-Louise, sa femme, est otage au Maroc. Les autres truands français préfèrent d'abord se cacher en France, de même que le fils de famille Georges Figon, l'intellectuel de la bande. Ce dernier, sept jours après avoir fait paraître dans L'Express, le 10 janvier 1966, un récit de la mise à mort de Ben Barka qui désigne le général Oufkir comme son assassin, meurt à son tour, dans des circonstances jamais vraiment élucidées : encerclé par la police, rue des Renaudes, à Paris, il se "suicide", selon la version officielle.

C'est seulement ensuite, au terme de plus de deux mois de cavale, que les trois truands restés sur le sol français - Jean Palisse, Pierre Dubail, Julien Le Ny - partent pour le Maroc, Jean Palisse avec un nouveau passeport délivré par la préfecture de police de Paris... "Je puis vous assurer que la justice française exercera son action avec la plus grande rigueur et la plus grande diligence", écrit le général de Gaulle à Fattouma Ben Barka, qui s'est adressée à lui par l'intermédiaire de son avocat. Dès le 13 novembre 1965, une première commission rogatoire a été adressée au Maroc. Ce ne sera pas la dernière. Or jusqu'à la fin du long règne de Hassan II, en juillet 1999, la raison d'Etat prime sur l'état de droit. L'épilogue judiciaire en France en est la meilleure illustration. Un premier procès prend fin le 19 octobre 1966, quand, à la surprise générale, le commandant Ahmed Dlimi, discrètement arrivé la veille, se constitue prisonnier dans la cour du palais de justice à Paris. "Je suis venu laver l'honneur de mon pays et le mien", déclare l'officier qui revendique une "initiative personnelle". Le roi, pour le principe, lui inflige cent vingt jours d'arrêt de rigueur mais, pour le panache, l'élève sur le champ au grade de colonel... Au terme d'une nouvelle instruction, un second procès débouche, le 5 juin 1967, sur un verdict sans cohérence, éclipsé par la guerre des six-jours qui vient d'éclater. Les accusés présents dans le box sont acquittés, sauf Antoine Lopez et le commissaire Souchon, condamnés respectivement à huit et six ans de prison. Les absents - Oufkir, les truands et "Chtouki", dont l'identité n'est pas établie - sont condamnés à la prison à vie. "Si Oufkir était coupable, Dlimi l'était aussi", commentera Gilles Perrault. "Inversement, l'acquittement de Dlimi vidait la condamnation d'Oufkir de sa substance. En accablant Oufkir, la justice sauvait les apparences de l'honneur ; en acquittant Dlimi, elle préservait l'avenir des relations franco-marocaines."

Pendant neuf ans, la présence au Maroc des truands condamnés en France à la réclusion perpétuelle ne trouble pas les relations entre Paris et Rabat. Nuit et jour, surveillés par quatre équipes constituées chacune par trois policiers, les truands français vivent au royaume "libres comme l'oiseau dans sa cage". L'expression est d'Ahmed Boukhari, qui, dans les années suivant le meurtre de Mehdi Ben Barka, joue parfois le percepteur auprès de Boucheseiche, Dubail, Le Ny et Palisse. Ceux-ci exploitent quatre maisons closes sur la côte atlantique, le Bel Abri et La Route de Casa, tous deux à Rabat, Le Sphinx à Mohammedia et Le Grand Hôtel à Casablanca. Ils reversent la moitié de leurs recettes au "Cab 1". Leurs femmes les rejoignent au Maroc, y vivent avec eux, par périodes ou en permanence. Elles révéleront ces faits, en 1976, au juge d'instruction parisien Louis Zollinger, alors chargé du dossier. A cette date, elles n'ont plus rien à perdre. Leurs hommes sont morts, leurs "affaires" ont été confisquées, elles-mêmes ont été expulsées du Maroc. Arrêtés dès mars 1971, "Bonnebouche", Dubail et Le Ny ont été détenus, d'abord, sur une ferme appartenant au colonel Dlimi, à Fouarat, près de Kenitra ; puis au Dar-el-Mokri, d'où ils disparaissent en avril 1974 pour ne revenir que morts : Boucheseiche le 29 octobre 1974, date anniversaire de l'enlèvement de Ben Barka ; Le Ny le 14 novembre, Dubail deux jours plus tard.

Et Jean Palisse ? Grand cardiaque, il est gardé pendant des années alité chez lui, ou à l'hôpital. En 1972, juste après sa sortie de prison, Antoine Lopez affirme l'avoir retrouvé au Maroc. "Tu veux mourir en France ?", lui demande-t-il alors. "Oui, je veux bien rentrer", lui répond "le Palois". Lopez se rend à l'ambassade de France à Rabat, y est reçu par le conseiller qu'il a repéré comme étant l'agent du Sdece. "Je vais vous amener Palisse pour qu'il soit extradé en France." "Comment êtes-vous arrivé au Maroc ?", lui rétorque le conseiller, sans évoquer l'éventualité d'un retour en France de Palisse, qui fait pourtant l'objet d'un mandat d'arrêt international. "Via Ceuta, pourquoi ?", répond Lopez, désarçonné. "Alors, retournez-y le plus vite possible. Rentrez en France et n'en parlez à personne." Jean Palisse meurt, de maladie, en mars 1976, selon une source, en septembre 1979, selon une autre. La France pouvait-elle ignorer que les quatre truands de l'affaire Ben Barka vivaient au Maroc, qui propriétaire d'hôtel, qui tenancier de cabaret ? Si elle le savait, elle n'a jamais cherché à savoir comment trois citoyens français ont été assassinés au royaume de Hassan II. Les truands français ont fait les frais de la montée en puissance du colonel Dlimi au détriment du général Oufkir.

Ce dernier finit par être abattu au palais de Skhirat - probablement par Dlimi, en présence du roi - après l'échec de son coup d'Etat, en août 1972. Le nouveau numéro deux du royaume se débarrasse alors définitivement des témoins gênants de l'assassinat de Mehdi Ben Barka. Parallèlement, il supplante puis dissout, en 1973, le "Cab 1". Ahmed Boukhari et ses collègues sont reclassés au sein de la sûreté nationale ou des deux nouveaux services, la direction de la surveillance du territoire (DST) et la direction générale d'études et de documentation (DGED).

Après l'affaire Ben Barka, leur chef, Mohamed Achaachi, n'avait plus jamais adressé la parole ni à Oufkir ni à Dlimi. Mais, à ce jour, il n'y a jamais eu de rupture entre les défenseurs successifs du trône. Décoré par Hassan II, en 1966 et 1973, l'homme aux yeux clairs, marié et père d'enfants, a pris sa retraite en 1998. Il habite aujourd'hui à Rabat, dans le quartier Souissi. Avec ses anciens subordonnés, Saka et Mesnaoui, ils se retrouvent entre voisins à la plage de Temara. La confession d'Ahmed Boukhari les obligera-t-elle à répondre aux questions de la justice française ?

Stephen Smith, et, pour "Le Journal", Aboubakr Jamaï et Ali Amar

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