Une
manifestation conduite par trois candidats, Saïd Sadi, Abdallah
Djaballah et Ali Benflis, a été réprimée jeudi soir à Alger par la
police anti-émeutes, alors que les sympathisants de M. Bouteflika
parcouraient, dans la liesse, la capitale.
Abdelaziz
Bouteflika, a été réélu jeudi 8 avril au premier tour de l'élection
présidentielle en Algérie avec 83,49 % des voix, a annoncé vendredi le
ministère de l'intérieur.
M. Boueteflika devance son principal rival et ancien homme de
confiance Ali Benflis qui recueillerait 7,93 % des voix, lequel a
délcaré qu'il ne reconnaissait pas "ces élections basées sur la fraude généralisée".
Pour M. Benflis, le dirigeant nord-coréen Kim Il Sung "n'aurait pas fait mieux".
L'islamiste radical Abdallah Djaballah a obtenu 4,84 % des voix ; le
représentant du courant laïque Saïd Sadi, président du Rassemblement
pour la culture et la démocratie (RCD), 1,93 %, qui a qualifié la
victoire de "Boutef" de "grossière"; La porte-parole du Parti
des travailleurs (PT), la trotskyste Louisa Hanoune, obtiendrait 1,16
%, et, l'outsider de cette élection, le président du parti nationaliste
Ahd 54, Ali Fawzi Rebaïne, est crédité de 0,64 %.
M. Zerhouni a réfuté "catégoriquement" toute fraude assurant qu'une "surveillance totale"
avait été assurée par les représentants de chaque candidat et les
observateurs internationaux qui ont assisté aussi bien aux opérations
de vote qu'au dépouillement.
Le messages s'adressent aux adversaires de M. Bouteflika, qui
n'avaient pas attendu la fin du scrutin, marqué par un duel avec son
ancien chef de gouvernement et candidat du FLN (Front de libération
nationale), Ali Benflis, pour dénoncer une "fraude qui a commencé à fonctionner".
Trois candidats, Saïd Sadi, Abdallah Djaballah et Ali Benflis, avaient affirmé que "des informations" en leur possession indiqueraient qu'aucun des six candidats ne serait élu jeudi. "A la lumière d'informations recueillies auprès de toutes les permanences des trois candidats (...) il s'est avéré que la tendance générale va vers un scrutin à deux tours",
ont indiqué ces adversaires de M. Bouteflika dans un communiqué parvenu
jeudi soir à l'AFP, avant la clôture officielle du scrutin. Si aucun
candidat n'avait obtenu la majorité des suffrages, un second tour
aurait été nécessaire, ce qui aurait constitué une première en Algérie.
"L'ÉLECTION A ÉTÉ ÉQUITABLE"
La direction de campagne du président sortant, Abdelaziz Bouteflika,
avait très rapidement répliqué en accusant ses adversaires de vouloir
s'imposer en recourant à "la rue". Voyant "une claire volonté de recourir à la rue pour imposer le fait accompli" de la part de ces trois candidats, la permanence de M. Bouteflika avait averti "qu'un tel procédé, expression d'un échec annoncé, est porteur de dangers graves pour toute la nation".
D'ailleurs, une manifestation conduite par ces trois candidats a été
réprimée jeudi soir à Alger par la police anti-émeutes, alors que les
sympathisants de M. Bouteflika parcouraient, dans la liesse, la
capitale, ont rapporté des témoins, selon lesquels plusieurs
journalistes algériens et étrangers ont, au cours de ces incidents, été
passés à tabac. La police aurait confisqué le matériel de certains
journalistes.
Le principal rival de M. Bouteflika, Ali Benflis, a fait savoir,
avant l'annonce des résultats officiels qu'il allait engager des
recours. Aucun de ceux qui contestent le déroulement du scrutin n'a
cependant présenté de preuves à l'appui de ses accusations. Selon Ali
Mimouni, porte-parole de M. Benflis, le FLN déplore que ces fraudes, "retardent l'accession de l'Algérie à un système politique démocratique".
Des accusations de fraude ont accompagné chaque élection en
Algérie depuis l'avènement du pluralisme voici quinze ans. En 1999,
Bouteflika avait été élu avec autour de 74 % des suffrages, alors que
tous les autres candidats s'étaient retirés du scrutin, en hurlant à la
fraude.
"L'élection a été équitable", a affirmé pour sa part Toufik Khelladi, haut responsable de l'état-major de campagne de M. Bouteflika. "Les
informations dont nous disposons jusqu'à présent montrent que notre
candidat est largement devant les autres. Il est clair qu'il n'y aura
pas de second tour. Mais comme en football, vous ne connaissez pas le
résultat tant qu'il n'y a pas eu de coup de sifflet final", a précisé M. Khelladi. Le directeur de campagne de M. Bouteflika, Abdelmalek Sellal, présentait la situation de la même façon : "Notre candidat est très largement devant tous les autres, selon les bulletins déjà dépouillés."
Le vainqueur devait obtenir plus de 50 % pour être élu dès le
premier tour, faute de quoi un second tour, prévu le 22 avril, devait
départager les deux candidats arrivés en tête jeudi. 124 observateurs
internationaux ont supervisé ce scrutin, pour lequel la loi électorale
a été amendée et permet aux candidats et à leurs représentants de
suivre toutes les opérations de vote et de dépouillement.
L'ARMÉE AVAIT PROMIS DE NE PAS INTERFÉRER
Le ministère de l'intérieur a fait état d'un taux de participation
de 57,78 % à la présidentielle, contre 46 % pour les élections
législatives de 2002. Lors de la présidentielle de 1999, ce taux était
de 60,25 %. Les analystes expliquent ce taux élevé par le fait qu'un
grand nombre d'électeurs ont vu dans cette élection le scrutin le plus
libre jamais organisé en Algérie.
L'armée avait, cette fois-ci, fait sans précédent, publiquement
promis de ne pas interférer dans le résultat des élections. Son patron,
le général de corps d'armée Mohamed Lamari, a déclaré à plusieurs
reprises que l'armée ne "soutenait" ni "n'était contre" aucun des candidats.
Des scènes de fête ont marqué la soirée de jeudi dans Alger, où l'on
agitait des drapeaux depuis les voitures, les balcons ou les toits.
Jusque tard dans la nuit, on pouvait entendre des coups de klaxon en
signe de réjouissance.
Le responsable de la commission politique nationale de surveillance
de l'élection présidentielle, Saïd Bouchar, a déclaré que le scrutin
pour désigner le troisième président de l'ère pluraliste en Algérie
s'était déroulé normalement, à l'exception d'incidents isolés, des
urnes ayant été brûlées en Kabylie. Dans cette région, en fronde
ouverte contre le pouvoir d'Alger, 612 bureaux de vote ont été "saccagés" ou "empêchés d'ouvrir" par des jeunes gens répondant au mot d'ordre de grève d'une aile des âarchs (tribus kabyles) hostile à cette élection.
Malgré ces incidents, sans conséquence majeure sur le déroulement du
scrutin, la Kabylie a continué à voter, enregistrant un taux de
participation à la clôture du scrutin de 15,71 % à Béjaïa, 17,80 % à
Tizi Ouzou et 47,56 % à Bouira, selon des chiffres officiels. Bouira ne
comprend qu'une petite partie de zones berbérophones.
Outre MM. Bouteflika, Benflis, patron du Front de libération
nationale (FLN, ex-parti unique), Saïd Sadi, chef du Rassemblement pour
la culture et la démocratie (RCD, opposition laïque), Abdallah
Djaballah, président du Mouvement de la réforme nationale (MRN,
islamiste radical), s'étaient présentés la porte-parole du Parti des
travailleurs, Louisa Hanoune (PT, trotskyste), et Ali Fawzi Rebaïne,
président d'Ahd-54, un petit parti nationaliste.
L'Algérie a vécu sous le régime du parti unique du FLN jusqu'en 1989
quand le multipartisme a été institué. La première présidentielle
pluraliste avait vu la victoire du général Liamine Zeroual en 1995, la
deuxième celle de M. Bouteflika, en avril 1999.
Lemonde.fr, avec AFP et Reuters