LE QUOTIDIEN


Le porte-drapeau des «technocrates»
Itinéraire d'un ingénieur, fondateur du FIS.

Par SERVICE ETRANGER

Le mardi 23 novembre 1999

Algérie: feu sur la trêve

Un leader du FIS assassiné à Alger
Le porte-drapeau des «technocrates»
Avertissement aux voix dissonantes
Péril confirmé
«Le crime profite à ceux qui refusent la paix»
Deux années tourmentées

L'arrestation, en juin 1991, de Abassi Madani et Ali Benhadj, les deux dirigeants historiques du FIS, avait propulsé Hachani à la direction du mouvement alors légal.

 

A Alger, cet automne, en prenant publiquement position contre la concorde civile, Abdelkader Hachani savait qu'il enfreignait un des tabous du pouvoir algérien: «Se taire et se soumettre, c'est le marché que le pouvoir nous propose», disait-il. A 44 ans, Hachani est alors le dernier des chefs islamistes à revendiquer à la fois la paix, tout en refusant celle échafaudée par le pouvoir. Alors que le FIS se perd dans ses divisions internes - les uns négocient ouvertement, d'autres en coulisse, tandis que certains se lancent dans des surenchères extrémistes -, Abdelkader Hachani reste celui qu'il a toujours été: le politique.

Deux facettes. C'est à la fin des années 70 que ce fils d'un résistant de l'Armée de libération nationale (ALN) forge à l'université de Constantine les deux facettes de son personnage: l'ingénieur en pétrochimie, qui travaillera près de dix ans à la Sonatrach (la compagnie des hydrocarbures algériennes), et le militant qui s'engage dans la mouvance islamiste, jusqu'à devenir l'un des 35 membres fondateurs du FIS en 1989. Avant de s'imposer comme le porte-drapeau de ceux que l'on baptise alors «les technocrates et les modernistes du FIS», ces jeunes cadres souvent issus des filières scientifiques et favorables à la «conquête légale» du pouvoir. Face aux prédicateurs enflammés, ils apparaissent comme une possible élite dirigeante.

L'arrestation en juin 1991 de Abassi Madani et Ali Benhadj, les deux dirigeants historiques du FIS, va le propulser à la direction du mouvement alors légal. Convaincant les islamistes de participer aux élections législatives de décembre 1991, il les mène à la victoire, qui entraînera l'annulation du processus électoral. Le 23 janvier 1992, il est à son tour emprisonné pour avoir signé un communiqué considéré par le pouvoir comme «un appel à la désertion». De fait, son arrestation arrange tout le monde.

Les autorités savent qu'elle entraînera l'apparition de leaders plus radicaux et donc plus faciles à diaboliser. De leur côté, les partisans de la lutte armée «au nom de Dieu» savent qu'ils n'auront plus personne pour leur faire la leçon.

Libération sous conditions. Du fond de sa prison, Hachani n'a, quant à lui, qu'un seul discours: refuser les dialogues proposés en coulisses par certains responsables militaires. A ses yeux, en effet, aucune solution négociée ne peut être valable sans l'aval de tous les leaders islamistes emprisonnés et le consentement des «combattants». Il ne variera jamais, même après sa libération sous conditions en 1997, réclamant inlassablement une solution politique à la crise et refusant tous les appels du pied des militaires.

Entre-temps, en février 1995, Abdelkader Hachani tente de s'interposer pendant la mutinerie de la prison de Serkadji (plus de cent morts dans les cellules: des droits communs, mais aussi plusieurs responsables islamistes d'envergure). Il réclamera, comme les principaux partis politiques d'opposition, une commission d'enquête sur cette tuerie. En vain.



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