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Le départ précipité du général Nezzar provoque des protestations

LE MONDE | 27.04.01 | 12h50

De sources policières, l'ex-ministre algérien de la défense, le général Khaled Nezzar, aurait quitté précipitamment la France, dans la nuit de mercredi à jeudi. Quelques heures plus tôt, une enquête avait été ouverte, à la suite d'une plainte pour tortures déposée contre lui. Les avocats des plaignants, Antoine Comte et William Bourdon, estiment que la France a manqué à ses obligations internationales.

LE GÉNÉRAL algérien, Khaled Nezzar, aurait quitté la France dans la nuit de mercredi à jeudi, ou jeudi matin, quelques heures après avoir appris que le parquet de Paris avait ouvert une enquête, à la suite d'une plainte pour tortures, déposée à son encontre, le matin même, par trois personnes. Le départ précipité de l'ex-ministre algérien de la défense, ancien membre du Haut Comité d'Etat (HCE), révélé de sources policières, n'a pas été confirmé officiellement.

Apprenant la nouvelle, la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) a aussitôt protesté, déplorant qu'"aucune mesure conservatoire n'ait été prise pour prévenir (cette) fuite fortement prévisible." La FIDH interprète ce départ comme "un aveu de culpabilité" et estime qu'il est "extrêmement regrettable que le général Nezzar ait pu ainsi se dérober à ses responsabilités, sans être le moins du monde inquiété." Protestations identiques des deux avocats des plaignants contre l'ex-ministre algérien, William Bourdon et Antoine Comte. Pour eux, les autorités françaises "ont choisi d'éluder leurs engagements internationaux, puisque la Convention sur la torture oblige les Etats signataires à prendre toutes les mesures nécessaires pour poursuivre et juger les auteurs présumés de tels faits."

ENQUÊTE PRÉLIMINAIRE

De son côté, Nacera Dutour, fondatrice du collectif des familles de disparus en Algérie – qui avance le chiffre de 7200cas – a déclaré au Monde qu'il était "hors de question d'oublier le passé et de reconstruire l'Algérie sur une mare de sang".
Interrogé par la presse sur cette affaire, le Quai d'Orsay a fait valoir que le général Nezzar se trouvait "en mission officielle en France", selon les autorités algériennes, qu'il était porteur d'un passeport diplomatique, et que la décision d'une levée de son immunité diplomatique "relevait de l'autorité judiciaire" et d'elle seule.

L'argument d'une "mission" de Khaled Nezzar, général à la retraite, n'occupant plus aucune fonction officielle en Algérie, n'avait aucune chance de convaincre les défenseurs des droits de l'homme. De son propre aveu, le général était venu en France pour faire la promotion de son dernier ouvrage (Algérie, échec à une régression programmée, Publisud.) "Je n'interfère pas dans la politique de mon pays", déclarait-il mardi, lors d'un entretien accordé à la radio Beur FM.

Mercredi soir, M. Nezzar, en présentant son livre, au Centre culturel algérien de Paris, avait refusé de réagir à l'annonce, faite une heure plus tôt, de la plainte pour tortures déposée par trois ressortissants algériens, dont l'un serait mort de ces sévices, en 1992. Le parquet de Paris avait aussitôt saisi la brigade criminelle de cette enquête et fait procéder à l'audition des plaignants. Depuis, les policiers ont reçu pour mission – toujours dans le cadre de l'enquête préliminaire – de vérifier en urgence si le général Nezzar avait bien quitté la France, et de mener des investigations supplémentaires sur son statut diplomatique.

C'est la première fois que la France se retrouve saisie d'une plainte contre un ancien haut responsable algérien. En principe, la justice française ne peut se mêler de faits commis par des étrangers en territoire étranger. Mais la Convention des Nations unies contre la torture de 1984a donné aux pays qui l'ont ratifiée une possibilité de compétence "universelle", afin d'empêcher que les tortionnaires trouvent refuge en territoire étranger et bénéficient de l'impunité.

Fl. B.

 

 

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