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Algérie : le général Khaled Nezzar saisit la justice française contre l'auteur de "La Sale Guerre"

LE MONDE | 23.08.01 | 12h48

Mis en cause dans l'assassinat de milliers d'opposants au régime algérien, le général Khaled Nezzar contre-attaque et s'adjoint de l'aide de "ses avocats du barreau de Paris".

ALGER correspondance

Le général Khaled Nezzar, ancien ministre algérien de la défense, a annoncé, mercredi 22 août, dans une conférence de presse à Alger, son intention de poursuivre Habib Souaïdia, l'auteur du livre La Sale Guerre (éditions La Découverte) devant la justice française. La poursuite ne porte pas sur le contenu du livre, pourtant qualifié de "tissu de mensonges", mais sur des déclarations de M. Souaïdia à une télévision française. Le 27 mai, sur La Cinquième, l'officier avait accusé M. Nezzar d'être "responsable de l'assassinat de milliers de personnes".

L'ancien homme fort du régime avait dû quitter précipitamment Paris en avril dans un avion spécial envoyé d'Alger pour éviter de se retrouver confronté à la justice qui avait jugé recevables des plaintes pour tortures déposées contre lui par trois Algériens, "des éléments connus par les services de sécurité algériens et français pour leurs activités terroristes", selon le général.

L'ancien ministre vient pourtant de charger "ses avocats du barreau de Paris" – leur l'identité n'a pas été révélée – et MKhaled Bourayou, l'avocat des journaux privés algériens, de déposer plainte "devant la juridiction française compétente". Tout en déclarant comprendre ceux qui s'interrogeront sur cette "ironie de l'histoire" qui fait que des "enjeux de politique intérieure algérienne pourraient être débattus devant une telle juridiction", le général Nezzar se dit "confiant" dans la justice.

DÉCLARATIONS FRACASSANTES

Pour autant, il ne semble pas prêt, contrairement à ses premières déclarations, à retourner en France, sauf "si la justice française le demande". Il maintient que ses ennuis parisiens du printemps font partie d'un "complot médiatique pour juger le régime algérien". Les auteurs de ce complot qui utilisent Habib Souaïdia comme "un simple pion" sont le Front islamique du salut (FIS, aujourd'hui dissous), l'Internationale socialiste (IS) et Hocine Aït Ahmed, le leader du Front des forces socialistes (FFS).

Le général a dû interrompre pendant un moment sa conférence lorsque des cris stridents ont fusé de l'extérieur de la salle. Une vieille femme, ancien combattante de la guerre de libération et figure du mouvement des mères de disparus, l'interpellait de l'extérieur : "Rendez-moi mon fils !" Et d'ajouter : "Qu'avez-vous fait de nos enfants ? Est-ce vous les avez mangés comme vous avez mangé l'argent du peuple ?" Devant les journalistes et les photographes sortis pour l'écouter, la vielle dame a lancé aux policiers qui tentaient de l'éloigner : "Vous êtes des criminels ! Vous n'avez pas le droit de laisser des Pinochet faire des conférences de presse."

Le calme revenu, le général Nezzar a évoqué la possibilité d'un "dérapage" du procès qu'il intente à l'auteur de La Sale Guerre, car ceux qui "manipulent" Habib Souaïdia voudront en faire "le procès du régime".

Le général Nezzar a affirmé avoir avisé les autorités politiques et militaires de sa démarche. Elle vise, a-t-il expliqué, à répondre à une campagne qui a eu ses effets au sein même de l'armée avec l'appui de "quelques officiers totalement obscurs et radiés des cadres de l'armée".

L'ancien ministre faisait allusion au colonel Mohamed Samraoui, l'ancien attaché militaire en Allemagne, qui a fait au début du mois des déclarations fracassantes sur la chaîne de télévision Al-Jazira, dont le siège est au Qatar et qui est très regardée au Maghreb.

Selon le colonel Samraoui, le Groupe islamique armé (GIA) est une émanation des services secrets et sa création est antérieure aux élections législatives de décembre 1991 – annulées par l'armée alors que le FIS était en passe de les gagner. "J'ai assisté à la naissance du GIA. Il a été créé pendant l'été 1991", a affirmé le colonel, réfugié en Europe. Pour le général Nezzar, d'autres anciens officiers pourraient faire des révélations et il importe, selon lui, de réagir et de passer à l'offensive.


Un nouveau code des investissements pour attirer les capitaux étrangers


L'Algérie a pris de nouvelles dispositions en matière de privatisation et d'investissement afin d'attirer les capitaux étrangers, a annoncé, mercredi 22 août à Alger, le ministre algérien de la participation et de la coordination des réformes, Nourredine Boukrouh. Un nouveau code des investissements, qui remplace celui de 1993, supprime la distinction entre capitaux algériens et étrangers, ainsi qu'entre capitaux publics et privés. Il prévoit la création d'un Conseil national de l'investissement, d'un fonds d'appui à l'investissement, d'un guichet unique – l'Agence nationale du développement de l'investissement (ANDI) – qui ne sera pas centralisé dans la capitale mais représenté à travers tout le territoire.

Le ministre a indiqué qu'aucune privatisation n'a été réalisée sous le régime de la loi de 1995. Seuls quatre projets de partenariat ont été conclus avec des étrangers, alors qu'un millier d'entreprises ont été dissoutes, entraînant la perte de 400 000 emplois.

 

 

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